Ressorts amplifiés (Olivier Toulemonde)

Les ressorts amplifiés d’Olivier Toulemonde sont un ensemble de longs ressorts  disposés entre les extrémités d’un intérieurs et qui produisent différents larsens capables d’investir un espace dans sa globalité. Cet instrument se situe dans le champ de la musique expérimentale et de l’installation sonore.

Cet instrument consiste en ressorts d’un diamètre de 2 à 10cm et d’une longueur atteignant 16 m (ce qui n’existe pas dans l’usage courant, il faut donc les faire fabriquer « sur mesure »).

Chaque ressort est suspendu verticalement entre un microphone situé à son sommet et un haut-parleur protégé par une grille à sa base. Le microphone étant branché dans le haut-parleur via une table de mixage, lorsqu’on « ouvre » son potentiomètre il apparaît un larsen qui met le ressort en vibration. À son tour cette vibration excite le larsen, et le système s’auto-génère de la sorte tant et si bien que si le musicien n’agit pas, le son évolue déjà en toute indépendance. Différents ressorts produisent différents larsens qui finissent par habiter un espace.

Un autre élément intervient, il s’agit de très longues cordes de piano tendues horizontalement et mises en contact avec les grands ressorts par l’intermédiaire de petits ressorts. Lorsque le musicien agit sur ces cordes – par exemple avec un archet – elles produisent des sons davantage chargés en harmoniques qui vont contaminer et enrichir les larsens préexistant.

La particularité de ce dispositif est son implication complète dans le lieu où il est déployé. En d’autres mots, ce n’est pas un instrument figé dans ses dimensions et dans sa forme puisque les ressorts sont tendus entre les murs, colonnes et plafond des lieux où le musicien va en jouer. Ils épousent donc l’espace en s’accommodant de ses particularités, de ses dimensions puis lors de l’exécution, de ses propriétés acoustiques naturelles. « Chaque intervention est une tentative de mettre le lieu à l’épreuve du son. » comme le dit le texte de présentation du « Syndicat de la Métallurgie Sonore».

A cette implication acoustique du lieu dans sa globalité correspond un temps d’installation considérable du dispositif de quatre heures au minimum. Mais cette démesure va de paire avec la finalité du travail ; inclure les spectateurs dans une véritable masse sonore et se démarquer de la rupture classique entre le musicien et le public.

Les œuvres ainsi créées se déploient lentement. Chaque action peut paraître « lourde de conséquences » en ce que un larsen ne se contrôle pas dans un même rapport au temps et à l’espace qu’une gamme de notes ou qu’une séquence d’accords, et cela à plus forte raison dans le cas d’un instrument aussi surdimensionné.

La musique qui en résulte tient du continuum ou du « drone ». Elle propose à l’auditeur une expérience du son, une immersion dans la perception sur la durée d’une sonorité uniforme.

Le résultat a déjà son sens dans son identité très urbaine, mais aussi en ce qu’il re-questionne le rapport d’un public à un espace.

Avec cet instrument Olivier Toulemonde se produit en solo mais également dans des formules pouvant inclure d’autres artistes (Le bassiste Arnaud Paquotte, le guitariste Xavier Saïki, Le performeur Jean-François Blanquet, la danseuse Yukiko Nakamura (projet « Sismographe ») et le dessinateur Nicolas Desmarchelier), et surtout  dans le  « Le Syndicat de la Métallurgie Sonore».

Hugues Warin