TAHRU (par le luthier Peter Biffin)

Inspiré  par la forme  et le son des vièles à pointe, le tahru est un instrument contemporain, une sorte de croisement entre les vièles orientales et  le violoncelle occidental.

Les vièles
Les vièles appartiennent à la famille des instruments à cordes, plus précisément à celle des luths frottés à archet. Elles se composent d’une  caisse de résonance qui est soit emboîtée soit traversée par un manche, sur laquelle est fixée une  table d’harmonie en bois ou une peau.
A l’origine, elles seraient apparues en Asie centrale mais elles sont, sous des formes et des noms très variés, jouées du monde arabe jusqu’en Extrême-Orient. L’archet qui frotte les cordes peut être plus ou moins courbe, ou même droit, semblable à l’archet du violon moderne.
Les vièles ont, de tout temps, accompagné le chant.

Une de ses formes est  la vièle à manche long à pique (en anglais spike fiddle) : de facture diverse il s’agit d’instruments à long manche sans frettes, séparé du corps et prolongé par une pique en dessous de la caisse de résonance. On les  retrouve principalement au Moyen-Orient ou au Sud- Est asiatique.

Le tahru
Chaque tahru est unique et est créé avec une attention particulière apportée à  la sonorité de l’instrument et à  la forme d’ensemble. Contrairement à presque tous les autres instruments à cordes acoustiques, la structure ne soumet pas les composants aux forces destructives de tension des cordes. Le système acoustique est constitué d’un résonateur conique léger suspendu à l’intérieur de la caisse de l’instrument. Celle-ci, en bois gravé de motifs inspirés de l’architecture islamique ou de coquillages, protège la délicate membrane du résonateur. Depuis 2008, le brass tahru fournit une alternative au bois; la caisse, en métal, est façonnée à la main au départ d’un moule, le manche est en bois. La sonorité riche (vaste gamme de sons et de couleurs tonales), singulière et envoûtante du tahru lui permet d’évoluer dans de nombreux répertoires traditionnels mais aussi dans des contextes plus contemporains.

Histoire
En 1970 le luthier australien Peter Billin, passionné  par les musiques écrites pour luth au 16ième et 17ième siècles, ne trouvant pas l’instrument souhaité pour en jouer dans son pays, décide de le fabriquer. Il ne cesse, dès lors, d’en construire et se plonge dans l’étude et la fabrication d’instruments de la même époque (bandore, orpharion, cistre,  mandore, chittarone, théorbe et de nombreuses formes primitives de guitares)

Au fur et à mesure de ses recherches dans les différents systèmes d’accordage utilisés en Europe pendant la Renaissance et l’époque Baroque et très attiré par la découverte des sons qu’ils produisent,  il se plonge dans l’histoire de la musique et des instruments médiévaux ; il  découvre  l’énorme influence du Moyen-Orient sur les développements de la musique et des instruments occidentaux. Il étudie également les instruments à cordes du Nord de l’Inde et de Turquie ; en parallèle, il découvre le travail du compositeur américain Harry Partch (1901-1974) et construit  une série d’instruments sur le modèle micro tonal développé par celui-ci.

Ce cheminement  l’amène a l’élaboration du tahru à long manche et à travers lui aux quelques autres vièles à pique qui peuvent être adaptées au système acoustique du tahru.

Les instruments sont faits sur commande. Dans l’histoire de la création du kamancha tarhu, du shahkaman et du nak tarhu la collaboration avec les musiciens Habil Aliyev, Kayhan Kalhor et Ross Daly fût primordiale. Pour  la violoncelliste israélienne, Rali  Margalit, il a réalisé une unique adaptation des concepts du tahru, le Chel-hu.

Danielle Rivière

Musiciens jouant du tahru :
Ross Daly (tarhu, lyra tarhu, nak tarhu and kemanche tarhu)
Habil Aliev (kamanche tarhu)
Imamyar Hasanov (kamanche tarhu)
Kayhan Kalhor (kamanche tarhu ou shah kaman)
Nicolas Beck & The Walk (nak tahru)
Rali  Margalit (Chel-hu)

Références de CD où on retrouve le tahru :

lien vers le Shah Kaman, instrument cousin du tahru, fabriqué aussi par Peter Billin